jeudi 31 janvier 2013

Recherches sur la lutte traditionnelle mauricienne "kalipa"

Lors des championnats de Maurice de croche, il serait intéressant de faire le parallèle avec la lutte traditionnelle mauricienne "kalipa" qui a connu ses dernières heures de gloire avec la visite de champions indiens en 1970.


Pour l'instant, je sais qu'elle est perçue par certains lutteurs mauriciens comme dépassée, obsolète, ... mais c'était la même chose avec la croche il y a dix ans, jusqu'à ce que les jeunes découvrent sa richesse technique. J'ai commencé mes recherches à partir de l'étymologie du mot "kalipa". Ce mot apparaît dans les dictionnaires des mots de l'Océan Indien mais est aussi utilisé dans plusieurs expressions de langues bantoues. Est-ce d'origine indienne ou noire-africaine, ce n'est pas encore déterminé. La prochaine étape (après ce préambule bibliographique), c'est d'interroger les témoins. La dernière trace remonte aux années 1970 avec la venue de lutteurs indiens. Le style kalipa s'apparenterait donc au pehlwani/kouchti, qu'on assimilerait aujourd'hui à la lutte libre, plutôt qu'à la croche qu'on rapproche plutôt du grappling.

Quelques sources : http://en.wikipedia.org/wiki/Pehlwani
C'est l'article de Wikipédia qui décrit la lutte pehlwani/kouchti.
D'après mes recherches précédentes, qui m'ont aidé à rédiger le livre intitulé "Le meilleur combattant de tous les temps"  , le terme "kouchti/kushti" viendrait du perse et désignerait la tenue des lutteurs, tandis que "pehlwani" signifierait lutte ou lutteur. On retrouve pehlivan et baspehlivan jusqu'en Turquie où il désigne les lutteurs et grands lutteurs de yagli gures (la lutte à l'huile qui remonte à l'époque ottomane et aux échanges avec la Perse).
Comme le dit l'article de Wikipédia, j'imagine que la lutte indienne est, au même titre que sa culture et sa population, le résultat de métissages successifs depuis ses premiers habitants, les Dravidiens, jusqu'aux monarques étrangers, Mogohls puis Britanniques, en passant par les Aryens qui instaurèrent le système des castes.

Commencer l'enquête par l'étymologie du mot qui désigne le style de lutte local me semble indispensable. Un ouvrage de référence, qui revient fréquemment au gré de mes recherches préliminaires sur internet : "Dictionnaire étymologique des créoles français de l'océan Indien", d'Annegret Bollée

Calipa — Expert, personne douée, de grand savoir ou d’une grande adresse. (Parfois employé de façon ironique.) Du bantou. En makua, kalipa, « a fighter, a person who is hard to beat » ; en yao, kalipa, « be agressive in manner » ; en makonde, kalipa, « to be savage, fierce » (…). (Dictionnaire étymologique des créoles français de l’océan Indien, Annegret Bollée.)
Source : http://mauricianismes.wordpress.com/la-ma-liste-de-mauricianismes/

Norbert Benoît, historien mauricien hélas décédé, m'avait proposé une autre hypothèse en reliant le mot "kalipa" à l'arabe "khalifa" devenu calife en français. Chef. Cela rejoint en quelque sorte la définition exposée ci-dessus : expert, personne douée, d'un grand savoir (technique), d'une grande adresse.

Ce n'est pas impossible puisque, d'après l'article (encore de Wikipédia) sur les langues bantoues, il est expliqué qu'elles englobent les langues swahilis (35 millions de locuteurs) d'Afrique de l'Est (swahili désignant des ethnies et des langues influencées par l'arabe) et la langue makua (2 millions de locuteurs) qui est parlée au Mozambique, où les Arabes eurent aussi, jadis, une grande influence commerciale et culturelle.
Le makondé est parlé par près d'1 million de locuteurs à cheval entre le Tanzanie et le Mozambique.
Le chiyao, ou yao, est une langue bantoue parlée au Malawi, au Mozambique et en Tanzanie. En 2001, elle est parlée par près de 2 000 000 personnes, depuis la région à l’est du lac Malawi, au nord de la rivière Lugenda dans la province de Niassa, et jusqu’aux régions frontalières entre la Tanzanie et le Mozambique.

Tiens, une carte de la côte est-africaine (Zanzibar, Ilha de Moçambique ...) où, triste vérité historique, les Français allaient acheter leurs esclaves aux marchands swahilis. Ces derniers allaient capturer leurs "proies" dans l'arrière-pays; jusqu'au lac Malawi sans doute :


Au passage, des lieux de mémoire en Afrique sur le site "La Route des Abolitions de l'Esclavage
et des Droits de l'Homme" , avec en prime une belle citation de Victor Schoelcher, 1848 : "Disons-nous et disons à nos enfants que tant qu'il restera un esclave à la surface de la terre, l'asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race toute entière."


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